Ituri : impliquer l’administration fonciĂšre pour prĂ©venir les conflits entre les communautĂ©s

5 juillet, 2023

« Nous sommes tous la terre
 c’est mieux que la terre nous nourrisse et nous unisse
 ». Face aux tensions fonciĂšres observĂ©es dans le territoire de Mambasa, dans la province de l’Ituri en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo (RDC), l’administration a un rĂŽle Ă  jouer pour prĂ©venir les conflits.

Dans le bureau de la division du service de cadastre, la nervositĂ© est palpable chaque jour. En ce petit matin, une palabre vient d’opposer deux familles sur les limites des concessions. Pour le chef de division, le non-respect des procĂ©dures d’acquisition de la terre est en cause. Ces scĂšnes de tensions se transforment pour la plupart en des conflits violents si certains membres de ce service ne sont pas suffisamment outillĂ©s sur la gestion des questions fonciĂšres.

Pour prĂ©venir des affrontements et rĂ©tablir la paix entre les communautĂ©s, Interpeace a lancĂ© une sĂ©rie de consultations et accompagnements des responsables provinciaux et acteurs locaux de l’administration fonciĂšre de l’Ituri. Cette approche est menĂ©e dans le cadre de la mise en Ɠuvre du projet "Soutien Ă  la mĂ©diation pour la rĂ©silience et la paix en Ituri et au Grand Nord-Kivu" financĂ© par l’Union europĂ©enne. Elle est pilotĂ©e par un consortium de mĂ©diation regroupant Interpeace, Pole Institute, Action pour la paix et la concorde (APC) et le Centre de coopĂ©ration internationale de l’UniversitĂ© de New York.

Fin fĂ©vrier dernier, un atelier d’accompagnement technique d’une trentaine d’acteurs locaux pour la rĂ©solution des conflits fonciers en territoire de Mambasa a Ă©tĂ© organisĂ©. "Nous devons nous demander quel est l'hĂ©ritage que nous allons laisser Ă  la gĂ©nĂ©ration future. Nous devons Ă©crire notre histoire. Ce n'est pas Ă©vident que nous puissions lĂ©guer Ă  nos enfants les conflits, les mĂ©sententes ou les mauvaises choses'', a laissĂ© entendre le chargĂ© de programme au sein d’Interpeace, Christian Vangazi, au terme de cette discussion. Au cours de ces deux journĂ©es d'Ă©changes, une trentaine de participants, parmi lesquels les leaders communautaires, ont abordĂ© la comprĂ©hension de la loi et l’identification des contentieux fonciers. S’en est suivi un plan d'action face aux diffĂ©rends pouvant faire l'objet d'une mĂ©diation. l’administration a un rĂŽle Ă  jouer pour prĂ©venir les conflitsCONAREF) ont Ă©galement Ă©tĂ© Ă©voquĂ©s.

Au cours des Ă©changes, les participants ont avouĂ© avoir appris de nouvelles connaissances en rapport avec le domaine foncier. Pour eux, cette remise Ă  niveau constitue une Ă©cole d'apprentissage pour gĂ©rer les multiples conflits Ă  Mambasa. "Nous fĂ©licitons Interpeace pour ce renforcement de capacitĂ©. Moi j'ai Ă©tĂ© marquĂ© par la procĂ©dure d'acquisition de terres et l'historique de la lĂ©gislation fonciĂšre. (...) Vraiment merci beaucoup pour ces rappels", a affirmĂ© un agent du service de l'urbanisme prĂ©sent dans la salle. Et le chargĂ© de relations publiques au parlement des jeunes de Mambasa, Papy Kalala, d’ajouter : « il est important de savoir rĂ©soudre les problĂšmes (...) et la solution passe par une bonne maĂźtrise du domaine foncier. (...) Cet atelier est une occasion pour nous tous de renforcer nos connaissances en cette matiĂšre ».

A travers ce projet, Interpeace souhaite mobiliser tous les membres de l’administration fonciĂšre dans la rĂ©solution des conflits fonciers pour rĂ©tablir la paix et la cohabitation pacifique entre les communautĂ©s. « Je vous appelle Ă  nous prĂȘter main forte dans ce que nous faisons afin que nous puissions dĂ©raciner tous les conflits et toutes les mĂ©sententes que connaĂźt Mambasa. Nous sommes tous la terre et nous retournerons dans la terre » ,a dĂ©clarĂ© Christian Vangazi .

ImpliquĂ© activement dans la mise Ɠuvre de ce projet, l’administrateur militaire adjoint du territoire de Mambasa a exhortĂ© les participants Ă  ne pas seulement vĂ©hiculer les messages mais plutĂŽt Ă  vulgariser le cadre lĂ©gal mis en place par le lĂ©gislateur. « Nous devons ĂȘtre des modĂšles dans la conduite des actions sur terrain et ĂȘtre guidĂ©s par l'esprit de la loi Ă©tant donnĂ© que nous agissons au nom de l'Etat congolais » .

Satisfaits, d’autres participants ont avouĂ© que c'est grĂące Ă  cette sĂ©ance de capacitation qu'ils sont Ă  mĂȘme de faire la distinction entre les services de l'administration fonciĂšre et celui de l’amĂ©nagement du territoire. "J'Ă©tais dans la confusion. Je ne savais pas qui faisait quoi entre les affaires fonciĂšres et le cadastre. (...) Je suis trĂšs reconnaissant envers Interpeace", a dĂ©clarĂ© le chef de service du plan Ă  Mambasa, Jean Maombi. "Avant cette formation, je pensais que chacun pouvait disposer de la terre comme il pouvait. (...) GrĂące Ă  cette formation, je viens d'apprendre beaucoup de choses. A nous maintenant de les mettre en pratique afin d'Ă©viter de crĂ©er d'autres conflits fonciers Ă  Mambasa", a affirmĂ© pour sa part une conseillĂšre auprĂšs du chef de l’un des quartiers de Mambasa, Asha Hamadi.

Pour la coordination territoriale de la sociĂ©tĂ© civile, cette session de renforcement de capacitĂ© tombe Ă  point nommĂ©. Selon sa responsable, Marie-Noelle Anotane, il fallait un "rappel Ă  l'ordre des animateurs de l'administration fonciĂšre", car d'aprĂšs elle, "ce sont les services de l'administration fonciĂšre qui sont Ă  la base de plusieurs conflits" Ă  Mambasa. Pour rappel, les consultations avec les acteurs de la province de l’Ituri ont Ă©tĂ© menĂ©es depuis mai 2022 pour identifier les organisations Ɠuvrant dans le domaine de la consolidation de la paix. Celles-ci ont permis de toucher les autoritĂ©s de l’Etat de siĂšge dans la rĂ©gion ainsi que les ONG pour rendre plus opĂ©rationnelle la tenue des mĂ©diations sur les enjeux conflictuels prioritaires.