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«Un accord de paix signe la fin des tirs, c’est tout!»

8 novembre, 2012
Est. Reading: 4 minutes
Scott Weber en discussion avec des jeunes au Salvador. Photo credit: Interpeace
 Article courtesy of the Tribune de Genève. Author: Alain Jourdan.

Basée à Genève, Interpeace essaie de faire jaillir la paix là où la violence semble avoir pris le dessus sur la raison.

Jeter les bases d’une paix durable dans les zones exposées à de longs conflits. C’est le cœur du métier d’Interpeace. Cette ONG basée à Genève préfère souvent travailler dans l’ombre plutôt que de voir son travail exposé en pleine lumière. Une seule chose prime : ne pas compromettre les chances de réussite. Les chemins qui permettent de renouer le dialogue quand tout semble perdu sont souvent tortueux.

Interpeace a été créée en 1994 à l’initiative de l’ONU. Outillées pour mener des négociations internationales, les Nations Unies se sont aperçues qu’elles n’étaient pas équipées pour gérer des guerres civiles qui opposent des acteurs non étatiques sans représentation claire.

Interpeace avait été mandatée pour expérimenter de nouvelles approches. Au bout de sept ans, on a tiré les premières leçons. «Pour que la paix soit durable, le processus de quête de solution doit être un processus endogène», explique Scott Weber, directeur général d’Interpeace. Dans certaines situations, l’ONU n’est pas perçue comme assez neutre pour agir correctement. En 2001, Interpeace sort du giron de l’ONU pour devenir une ONG, mais avec un statut très particulier.

Selon les circonstances, Interpeace peut agir sous mandat des Nations Unies. Le maître mot devient alors «adaptabilité». Aujourd’hui, l’ONG est présente dans seize pays et territoires en conflit et travaille avec 300 personnes.

«Il ne faut jamais céder au pessimisme et se dire que c’est trop compliqué» - Scott Weber Directeur général d’Interpeace

Interpeace tire sa force de sa capacité à s’immerger dans les conflits pour acquérir une expertise, bâtir des réseaux et reconnecter des fils qui semblaient à jamais rompus. «L’expérience montre qu’il faut inclure tout le monde dans les négociations de paix si on veut arriver à une solution durable», explique Scott Weber. Les groupes armés, tout comme les groupes extérieurs qui ont des intérêts, doivent être amenés jusqu’à la table des négociations. Pour y parvenir, Interpeace s’efforce d’abord de gagner la confiance de tous les protagonistes. Pour cela, l’ONG recrute sur place «des personnes de consensus».

Des processus compliqués

«Autour de ces relais, explique Scott Weber, on forme des équipes de chercheurs, de facilitateurs, qui viennent de tous bords et qui peuvent former une équipe équilibrée pour faciliter le dialogue». Les profils des femmes et des hommes qui vont sur le terrain sont variés. «Ce ne sont pas nécessairement des gens qui ont fait des études dans la consolidation de la paix. Ce qu’on leur demande, c’est d’avoir une sensibilité et une intelligence émotionnelle pour gérer des processus compliqués, multidimensionnels, avec des implications stratégiques, politiques et de développement», explique le directeur d’Interpeace. Autrement dit, Interpeace s’appuie sur des gens solides dans leur tête. «Nous devons faire face à des situations super-compliquées. Il ne faut jamais céder au pessimisme et se dire que c’est trop compliqué. Il faut des réalistes optimistes», résume Scott Weber.

Cette quête de «personnes de consensus» conduit parfois à de très bonnes surprises, comme en Somalie, où l’homme qui avait été identifié comme pouvant dresser des ponts entre toutes les parties au conflit, Hassan Sheikh Mohamoud, a finalement été élu président. «Ce collègue est un homme intègre avec une vraie vision pour son pays. Là-bas, il y a tout à faire», souligne Scott Weber. Sur place, Interpeace a notamment aidé à la rédaction de la Constitution.

Rétablir la confiance dans des régions qui ont connu la guerre parfois pendant plusieurs décennies n’est pas aisé. «40% des pays qui sortent d’un conflit y replongent après cinq ans», rappelle le directeur général d’Interpeace. Et de poursuivre: «C’est une erreur de penser qu’un accord de paix règle tout. Un accord de paix signe la fin des tirs, c’est tout !» Pour l’ONG, cela correspond seulement à l’ouverture d’un gigantesque chantier et à une course contre la montre avec une priorité: créer des structures sur lesquelles pourra se rebâtir un Etat de droit.

«La Syrie, c’est trop tôt»

«Nous sommes là pour apporter une méthodologie de travail et aider les protagonistes d’un conflit à trouver les solutions qui seront légitimes à leurs yeux», insiste Scott Weber. Interpeace a rédigé un guide pratique qui donne le chemin à suivre pour élaborer une constitution. L’ouvrage vient d’être édité en arabe.

Récemment Interpeace a mis un pied en Libye, au Mali, en Côte d’Ivoire et au Sud-Soudan. «On a entamé une consultation sur la Syrie, mais c’est trop tôt pour se mettre au travail là-bas», ajoute Scott Weber. Ce long travail est émaillé d’échecs mais aussi de réussites, comme en Indonésie, au Mozambique, au Somaliland ou au Guatemala, où Interpeace a aidé à redéfinir le rôle de l’armée et convaincu les pays de la région de signer une convention pour la prévention de la violence.

Pour pérenniser son action, l’ONG a eu recours à une initiative originale. En début d’année, Interpeace a lancé un fonds d’investissement en partenariat avec la banque Mirabaud pour encourager les financiers à investir dans les pays émergents et à favoriser leur stabilité en soutenant leur développement.