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Comment les espaces de guérison communautaires renforcent la résilience mentale au Rwanda

20 février, 2023
Est. Reading: 3 minutes

Au Rwanda, un pays qui a connu un immense traumatisme suite au génocide contre les Tutsi en 1994, les espaces de guérison communautaires offrent un environnement sûr et propice aux individus pour renforcer leur résilience mentale. Ces espaces contribuent à éztablirune culture de compréhension et d’acceptation, permettant aux gens de partager leurs histoires et de trouver du réconfort dans l’expérience collective de guérison. Evariste Buregeya, 49 ans, habitant du district de Bugesera, dans l'est du Rwanda, s'efforce, comme beaucoup d'autres, de surmonter le traumatisme qu'il a vécu en 1994.

Dans une famille de neuf personnes, seuls son jeune frère et sa sœur et lui ont survécu aux atrocités du génocide. C’était le catalyseur d’une vie de misère et de désespoir, le plongeant dans un profond état de traumatisme et de dépression. Il a perdu tout intérêt à étudier ou à travailler, car il n’avait aucun espoir pour l’avenir. À l’âge de 49 ans, il reste célibataire, hanté par la peur que le génocide ne se reproduise et que sa nouvelle famille ne soit massacrée.

Les problèmes de santé mentale restent un obstacle majeur à la résilience mentale, sociale et économique pour une partie considérable de la population rwandaise, ainsi qu'à la cohésion et à la réconciliation de la communauté, selon plusieurs études menées par les institutions gouvernementales rwandaises telles que le ministère de la Santé (RBC 2018) et l’ancienne Commission nationale pour l’unité et la réconciliation (Rwanda Reconciliation Baromoter- 2020), entre autres.

Evariste a repris espoir après avoir rejoint un espace de guérison thérapeutique axé sur la résilience établi par Interpeace à travers son partenaire, le Groupe des anciens étudiants et élèves rescapés du génocide (GAERG), dans le cadre de son programme sociétal de guérison des traumatismes au Rwanda, financé par l'Union européenne et le Gouvernement suédois par l’intermédiaire de l’Agence suédoise de coopération internationale pour le développement (Sida). La thérapie axée sur la résilience est un traitement de groupe en plusieurs phases qui se concentre sur la régulation des émotions pour lutter contre l'anxiété ou la dépression, l'autogestion comportementale contre la toxicomanie ou l'agression et le développement de l'identité contre le vide chronique ou l'aliénation. Elle a été lancée au Rwanda en 2020 par Interpeace en étroite collaboration avec l'agence spécialisée du ministère de la santé, le Rwanda Biomedical Centre (RBC), pour offrir un soutien psychosocial aux personnes aux prises avec une détresse psychologique et renforcer leur résilience mentale. En rejoignant cet espace de guérison, Evariste a pu retrouver l’espoir et un sens renouvelé d’objectifs.

Après avoir fréquenté ce dispositif pendant trois mois avec neuf autres personnes de son quartier confrontées aux mêmes défis, Evariste a reconnu que la thérapie avait changé positivement sa vie.« Je ne me sens plus déprimé ; mes pensées suicidaires ont disparu et j'ai retrouvé mon sourire », raconte-t-il, ajoutant que « ma peur d'un potentiel génocide n'est plus. Mon projet est de me marier bientôt et de fonder une belle famille ».

Les dix membres du groupe qui ont fréquenté l'espace de guérison ont été identifiés lors d'un processus avant le début du dispositif, scientifique et rigoureux et mené par Interpeace et ses partenaires. Ceux-ci évaluent les besoins et le niveau de détresse des individus, avant de les affecter aux groupes d’intervention appropriés.

Animés par des psychologues bien formés, les espaces de guérison axés sur la résilience établissent un environnement propice permettant aux participants de partager leurs expériences traumatisantes, leurs histoires et leurs défis quotidiens, de se soutenir et de s'entraider dans le processus de guérison.

L’histoire d’Evariste n’est pas isolée. L'Enquête sur la santé mentale au Rwanda (RMHS) de 2018 menée par le Centre biomédical du Rwanda (RBC) a révélé que la prévalence de divers troubles mentaux au Rwanda est supérieure à la moyenne mondiale, en particulier parmi les survivants du génocide. Une mauvaise santé mentale a un effet néfaste sur leur bien-être social et économique.

L'Enquête sur la santé mentale a révélé que seulement 5 % des Rwandais souffrant de problèmes de santé mentale recherchent une aide médicale, en partie à cause de la stigmatisation culturelle associée à la thérapie individuelle et de la demande écrasante de services de santé mentale qui dépasse la capacité des professionnels disponibles.

La Dre Yvone Kayiteshonga, directrice de la division Santé mentale de RBC, apprécie l’impact de la thérapie axée sur la résilience pour relever les défis rencontrés. « Les approches communautaires et de groupe qu'Interpeace utilise pour améliorer le bien-être mental des individus sont adaptées aux réalités du contexte, compte tenu du grand nombre de Rwandais qui ont besoin d'un traitement », note-t-elle. Elles « sont prometteuses et ont montré que les personnes ayant subi un traumatisme peuvent guérir et retrouver confiance et espoir en un avenir meilleur ».

Le programme soutient les efforts du gouvernement visant à construire un système national de santé mentale décentralisé en renforçant les infrastructures, développant les capacités des professionnels locaux et établissant un réseau de coordination des services de santé mentale et de soutien psychosocial au niveau local. Il offre également des équipements tels que la clinique mobile de santé mentale qui permet aux professionnels d'accéder aux communautés éloignées et de donner des soins à domicile.