Réhabilitation et réintégration des prisonniers au Rwanda dans le cadre de la guérison des traumatismes

13 septembre, 2022

La réadaptation et la réintégration des prisonniers restent un combat dans de nombreux pays et communautés du monde entier, y compris au Rwanda. Ces dernières années, de nombreux prisonniers, notamment ceux condamnés pour des crimes liés au génocide de 1994 contre les Tutsis, ont terminé leur peine et sont retournés dans leur communauté. La plupart des personnes reconnues coupables des crimes les plus odieux liés au génocide et condamnées à une peine de 20 à 30 ans de prison devraient être libérées dans les quatre ou cinq prochaines années. Selon les statistiques du Service correctionnel du Rwanda (RCS), ce nombre dépasse les 20’000 personnes.

Le RCS a fait des efforts remarquables au cours des derni√®res d√©cennies pour am√©liorer le bien-√™tre des condamn√©s, notamment en mettant en Ňďuvre de nombreux programmes de r√©habilitation et de r√©insertion. Cependant, de graves probl√®mes ont persist√©. Par exemple, il manquait un programme national, notamment en ce qui concerne la pr√©paration psychosociale des d√©tenus bient√īt lib√©r√©s, ainsi qu'une structure de coordination solide entre les nombreux acteurs impliqu√©s dans le processus de r√©habilitation.

Le 20 juillet 2022, le RCS et Interpeace ont lanc√© un programme d'√©tudes complet pour un certificat de 6 mois divis√© en huit modules cl√©s dont chacun se concentre sur les diff√©rents th√®mes. Ceux-ci comprennent les comp√©tences interpersonnelles et la gestion des conflits, le bien-√™tre physique et mental, le d√©veloppement de carri√®re et l'esprit d'entreprise, l'√©ducation sur l'abus de drogues et de substances, les droits humains et la sensibilisation juridique, la dynamique familiale, l'√©ducation civique et l'id√©ologie du g√©nocide, le retour en toute s√©curit√© et la connexion avec la famille et la soci√©t√©. Le dispositif sera mis en Ňďuvre dans les 13 prisons du pays par les membres du personnel du RCS en collaboration avec les parties prenantes de celui-ci. Il a √©t√© d√©velopp√© avec l'assistance technique d'Interpeace dans le cadre du programme financ√© par l'Union europ√©enne ¬ę Renforcer les capacit√©s communautaires pour la coh√©sion sociale et la r√©conciliation par la gu√©rison des traumatismes soci√©taux dans le district de Bugesera ¬Ľ. Il servira d'outil d'orientation aux agents correctionnels et aux partenaires pour assurer une r√©habilitation psychosociale efficace et la r√©int√©gration des d√©tenus dans leur famille et leur communaut√©.

Des √©tudes ont montr√© qu'en l'absence d'un programme appropri√© de r√©adaptation et de r√©int√©gration psychosociales, les personnes lib√©r√©es peuvent continuer √† √©prouver des sentiments d'humiliation, de d√©valorisation, de culpabilit√©, de tristesse et une image de soi d√©form√©e, ce qui peut avoir un impact sur leur vie sociale dans la communaut√©. Dans la plupart des cas, les ex-d√©tenus sont confront√©s au rejet de leur famille et de leur communaut√©, notamment par des personnes qui ne sont pas pr√™tes √† les recevoir en raison de leurs crimes. Ce manque de soutien de la communaut√© poussent certains d'entre eux √† s'installer dans d'autres endroits o√Ļ ils ne sont pas connus. Cette situation peut exacerber les tensions sociales en d√©clenchant la peur et l'anxi√©t√©, en particulier chez les survivants du g√©nocide.

D'apr√®s les recherches de base men√©es avant l'√©laboration de ce dispositif, les programmes existants sont essentiellement informels et ne sont pas mis en Ňďuvre de mani√®re uniforme dans toutes les prisons. Ils sont fournis par une s√©rie d'organisations non gouvernementales (ONG) et certaines institutions gouvernementales plut√īt que par le personnel employ√© par le RCS. Le nouveau dispositif consolide et harmonise les initiatives et programmes existants et incorpore des √©l√©ments de bonnes pratiques pertinentes identifi√©es dans d'autres contextes.

Frank Kayitare, le représentant national d'Interpeace au Rwanda, a indiqué que la recherche a révélé l'urgence d'avoir une approche harmonisée de la réhabilitation et de la réintégration des prisonniers dans le cadre de la guérison des traumatismes dans le pays.

¬ę La r√©int√©gration des ex-prisonniers pour les crimes li√©s au g√©nocide figure parmi les plus grands d√©fis identifi√©s par les familles et les communaut√©s dans l'enqu√™te.. Les difficult√©s des ex-prisonniers et de leurs familles imm√©diates √† se reconnecter suffisamment, l'aggravation de l'anxi√©t√© parmi les survivants du g√©nocide dans les communaut√©s o√Ļ ces anciens g√©nocidaires sont r√©int√©gr√©s et le d√©fi des ex-prisonniers √† s'adapter √† une soci√©t√© fondamentalement chang√©e √† bien des √©gards, y compris les normes de genre et la dynamique familiale, sont parmi les principaux probl√®mes que ce programme est cens√© contribuer √† r√©soudre ¬Ľ,a d√©clar√© Kayitare.

Le nouveau dispositif a également pris en compte l'aspect psychologique de la réhabilitation des prisonniers, qui faisait défaut dans les initiatives existantes. Par conséquent, il permettra non seulement aux détenus d'acquérir des compétences socio-émotionnelles telles que l'autogestion et la gestion des traumatismes résultant d'une longue vie en prison, mais aussi de développer des compétences professionnelles et des moyens de subsistance pour mener une vie indépendante dans la communauté après leur libération.

Lors de la validation du dispositif, le commissaire général du RCS, Alex Bahizi Kimenyi, a reconnu la valeur ajoutée du programme, qui offre une approche bien structurée et holistique pour relever les défis auxquels sont confrontés les détenus.

¬ę Ce curriculum nous permettra de travailler de mani√®re bien harmonis√©e et coordonn√©e, ce qui am√©liorera la qualit√© de notre travail. Toutefois, l'adoption de ce programme n'est pas la fin du voyage, mais plut√īt le d√©but. J'appelle tous nos partenaires, y compris les donateurs, les institutions gouvernementales et les communaut√©s, √† soutenir cette initiative afin que sa mise en Ňďuvre soit pleinement efficace ¬Ľ..”

Le chef de la coop√©ration √† la d√©l√©gation de l'UE au Rwanda, Thibaut Moyer, appr√©cie le partenariat avec Interpeace qui a conduit √† l'√©laboration de ce programme d'√©tudes. Il r√©it√®re l'engagement de l'UE √† soutenir sa mise en Ňďuvre effective.

¬ę Avec les dizaines de milliers de prisonniers qui devraient √™tre lib√©r√©s dans les ann√©es √† venir, l'UE a mis de c√īt√© 7 millions d'euros qui seront utilis√©s pour travailler avec les organisations locales, le gouvernement et d'autres parties prenantes pour assurer une transition pacifique de retour dans les communaut√©s pour ces prisonniers et continuer √† favoriser la paix au Rwanda ¬Ľ..”

Le programme contribuera au contenu de l'initiative Halfway Home, o√Ļ les prisonniers sur le point d'√™tre lib√©r√©s seront transf√©r√©s. De l√†, ils auront l'occasion de rencontrer leurs communaut√©s respectives et d'avoir une discussion ouverte avec leur famille et les membres de la communaut√©. Cette initiative vise √† faciliter le r√©tablissement des relations, de l'acceptation, de la tol√©rance et de la confiance entre avec toutes les parties prenantes et √† favoriser la coh√©sion sociale.