Prévention de la violence électorale par l'alerte précoce et la réponse rapide au Kenya

4 octobre, 2022

¬ę La paix est un produit si fragile que vous pouvez passer des ann√©es √† la cultiver, avant qu'elle ne s'effondre du jour au lendemain comme un b√Ętiment d√©moli par des excavatrices. Vous ne pouvez que vous r√©veiller face aux d√©bris. S'il y a un moment o√Ļ une telle chose est susceptible de se produire, c'est pendant les √©lections g√©n√©rales qui ont lieu tous les cinq ans dans notre pays ¬Ľ, selon le responsable des affaires de la jeunesse du gouvernement du comt√© de Mandera, Mohamed Haroun..

Par le pass√©, il y a eu beaucoup de violence pendant les √©lections, ce qui a caus√© la perte de vies, le d√©placement de nombreux K√©nyans, la destruction de biens et la perte de moyens de subsistance. Les communaut√©s se tournent le dos, les √©lecteurs sont transport√©s en masse d'un endroit √† un autre pour voter pour ‚Äėleur personne‚Äô, les personnes √Ęg√©es sont d√©tr√īn√©es et √©corn√©es, et toutes les structures de fonctionnement des communaut√©s sont suspendues. ¬ę Malheureusement, cela conduit souvent √† ce que des personnes malveillantes parmi nous profitent d'une telle situation pour d√©clencher des conflits ¬Ľ, observe M. Harun.

Ces incidents li√©s au scrutin sont souvent l'expression de conflits existants et imbriqu√©s, qui sont souvent influenc√©s par des escarmouches pass√©es dont les blessures n'ont pas gu√©ri. √Ä leur tour, les moteurs de ces divers conflits sont li√©s aux lignes de faille profondes et persistantes du Kenya, elles-m√™mes dues √† la marginalisation et aux griefs sociopolitiques historiques et √† la manipulation des identit√©s par les √©lites √† des fins de mobilisation politique. Cependant, les efforts de collaboration de divers acteurs de la consolidation de la paix ont jou√© un r√īle cl√© dans l'att√©nuation des escarmouches pour s'attaquer aux moteurs des conflits violents et renforcer la r√©silience sociale pour la paix.

Le 9e les K√©nyans se sont rendus aux urnes et ont vot√© de mani√®re largement pacifique. Le 15e ao√Ľt 2022, William Samoei Ruto, chef de l'Ordre du CŇďur d'Or (C.G.H.), a √©t√© annonc√© comme pr√©sident √©lu. Il n'y a pas eu de violence √©lectorale √† grande √©chelle, malgr√© un scrutin tr√®s contest√©, de fortes tensions au centre de d√©pouillement et la contestation judiciaire subs√©quente par le v√©t√©ran Raila Odinga et sa coalition Azimio La Umoja. Des incidents isol√©s ont √©t√© observ√©s. Le scrutin a √©t√© suspendu dans la circonscription d'Eldas, dans le comt√© de Wajir, pour des raisons de s√©curit√©, apr√®s un √©change de coups de feu qui a interrompu le transport des bulletins de vote. Les divergences politiques dans des comt√©s comme Lodwar Town et West Pokot ont √©t√© associ√©es √† des combats et √† des affrontements publics, la r√©gion du Rift Nord ayant connu des tensions et des violences lors des √©lections pr√©c√©dentes.

La conclusion largement pacifique des √©lections est un grand succ√®s r√©sultant d'√©normes efforts des autorit√©s k√©nyanes, de la soci√©t√© civile et des partenaires internationaux. Appuy√©s par le minist√®re f√©d√©ral allemand des Affaires √©trang√®res, Interpeace et ses partenaires, la National Cohesion and Commission (NCIC) et le R√©seau pour la paix, la coh√©sion et le patrimoine (NEPCOH) ont soutenu les acteurs du pays dans leurs efforts pour construire la paix et pr√©venir les conflits violents gr√Ęce √† leur projet de pr√©vention de la violence √©lectorale dans plusieurs r√©gions. Actif dans les comt√©s de Mandera, Wajir, Turkana, West Pokot, Elgeyo Marakwet, Baringo, Samburu et Laikipia, le projet en cours se concentre sur l'√©tablissement d'un m√©canisme d'alerte pr√©coce et de r√©ponse rapide et sur la sensibilisation √† la paix du public et des acteurs √©lectoraux.

Alerte précoce et réponse rapide aux incidents liés aux élections

Ces structures ont été établies dans tous les comtés couverts par le projet et leurs membres ont été formés aux processus électoraux, à la médiation et à la consolidation de la paix, ce qui a renforcé leur capacité à prévenir, atténuer et gérer la violence électorale. Au total, 106 observateurs des élections et de la cohésion ont été déployés dans tous les sous-comtés, recueillant en permanence des informations et les transmettant à trois salles de situation. Créées spécialement pour la période électorale, celles-ci ont traité tous les rapports venant du terrain et les ont transmis à une unité intégrée d'orientation et de réponse, composée de fonctionnaires, d'agences de sécurité, de leaders de la société civile et de membres des infrastructures de paix locales, pour des actions de suivi.

Malgr√© le caract√®re globalement pacifique des √©lections, 21 incidents ont √©t√© relev√©s par les m√©canismes d'alerte pr√©coce et de r√©ponse rapide. Le projet a permis une r√©action √† dix d'entre eux, tandis que tous les autres continuent √† faire l'objet d'un suivi. Par exemple, dans la ville de Konton, √† la fronti√®re des comt√©s de Wajir et de Mandera, un conflit entre deux clans somaliens, les Garre et les Degodia, a √©clat√© le 6 ao√Ľt, faisant un mort et cinq bless√©s. En raison des campagnes pour le poste de gouverneur dans les deux comt√©s et d'une histoire d'affrontements intercommunautaires entre les deux groupes, certains redoutaient que les √©lections √† venir ne conduisent √† une escalade de la violence. Cependant, les infrastructures de paix locales √©tablies lors de la phase pr√©c√©dente ont pu servir de m√©diateur au conflit avec le soutien du projet. Tout d'abord, les communaut√©s ont accept√© d'ajourner leurs diff√©rends jusqu'√† ce que les tensions li√©es aux √©lections s'apaisent. L'infrastructure de paix a ensuite facilit√© la conclusion d'un accord pr√©voyant le versement de compensations et la pr√©sentation d'excuses officielles, amor√ßant ainsi un processus de r√©conciliation entre les deux groupes.

Des r√©unions ont √©t√© organis√©es pour pr√©parer la communaut√© aux √©lections et pour former des observateurs √©lectoraux, qui ont aid√© √† garder un Ňďil sur les violences politiques √©ventuelles. Pendant la campagne, les comit√©s de surveillance du cessez-le-feu (CMC) du comt√© ont √©t√© utilis√©s pour mettre en place un syst√®me d'alerte pr√©coce des conflits et un syst√®me de r√©ponse rapide. L'importance des infrastructures locales de consolidation de la paix, lors des √©lections et au-del√†, a √©t√© soulign√©e par diverses parties prenantes. S'exprimant lors d'une session de formation, le chef Biashar, pr√©sident d‚Äôun CMC, a soulign√© la n√©cessit√© de s'appuyer sur les structures de paix.

¬ę Nous parlons de d√©veloppement dans nos communaut√©s, mais nous n√©gligeons la paix et son importance. Quel type de d√©veloppement pouvons-nous atteindre sans la paix ? ¬Ľ, s‚Äôest demand√© le chef de la commission de surveillance du cessez-le-feu de Banisa. ¬ę Je sugg√®re que nous concentrions toute notre √©nergie et nos ressources sur la mise en place de structures de paix telles que les CMC et que nous en fassions un organe de consolidation de la paix pleinement fonctionnel, plut√īt que d'investir des ressources dans d'autres projets de d√©veloppement sans importance de notre gouvernement ¬Ľ, dit-il. Il ajoute que ¬ę la paix devrait √™tre la priorit√© absolue. Une fois que le consensus sera √©tabli et que les structures seront en place, nous pourrons discuter du d√©veloppement ¬Ľ. , Ceasefire Monitoring Committees Chairman, Banisa

Formation et plaidoyer pour des élections pacifiques

À l'approche des élections, le NCIC, NEPCOH et Interpeace ont planifié et coordonné des ateliers de sensibilisation, diffusé des messages de paix dans les zones locales à l'aide de matériel de marque, organisé des caravanes de la paix et incité les candidats politiques à signer des chartes de la paix. Tous ces efforts visaient à susciter et à maintenir l'engagement des parties prenantes à tous les niveaux de la société en faveur d'élections pacifiques.

Dans les comtés de Mandera et de Wajir, de nombreuses parties prenantes, dont les médias locaux et les jeunes, ont été formées sur des sujets tels que les messages en faveur de la paix autour du slogan Elections Bila Noma (Elections sans problèmes) les reportages sensibles aux conflits, la gestion des discours de haine et les mécanismes alternatifs de résolution des conflits électoraux (EADR).

√Ä la suite des ann√©es pr√©c√©dentes o√Ļ des op√©rateurs de"boda boda" (motos) ont provoqu√© des escarmouches dans les centres urbains, une tourn√©e de promotion de la paix a √©t√© organis√©e √† Kapenguria et √† Pokot Ouest sur le th√®me "Elections Bila Noma". Hussein Yussuf, le responsable du d√©partement de la gestion des conflits, de la coh√©sion et de l'int√©gration de Mandera, a parl√© de la n√©cessit√© de la paix pendant la p√©riode √©lectorale lors d'un roadshow √† Mandera.Elections¬†Bila¬†Noma‚Äô theme was organized. Hussein Yussuf, the Mandera Chief Officer for the Department of Conflict Management, Cohesion, and Integration talked about the need for peace during the election period during a road show in Mandera.

¬ę La paix est un organe tr√®s vital dans notre communaut√©. Comme l'organe du cŇďur dans le corps, la paix est le noyau de notre existence. Sans elle, tous les autres aspects de notre vie sont condamn√©s ! Nous devons travailler tr√®s dur pendant cette p√©riode √©lectorale pour nous assurer que nos communaut√©s auront des √©lections pacifiques et une transition en douceur du pouvoir aux nouvelles administrations, ¬Ľ a d√©clar√© M. Hussein.

En donnant la priorité à la paix pour tous et en construisant des structures pour maintenir la stabilité, il est nécessaire de mettre l'accent sur les jeunes, les femmes et les groupes marginalisés pour assurer la viabilité et la durabilité. Afin de prévenir, d'atténuer et de gérer efficacement la violence et les différends électoraux, et de réduire les risques d'escalade, les femmes ont donc été spécifiquement ciblées dans divers éléments de formation et d'engagement. Par exemple, elles ont souvent été appelées à participer à de nombreuses émissions de radio en tant que leaders d'opinion.

En outre, des journ√©es de pri√®re dans les comt√©s, r√©unissant des chefs religieux et des candidats politiques, ont √©t√© organis√©es. Afin de tenir les dirigeants responsables de leur conduite pendant les √©lections g√©n√©rales, les candidats politiques, les commissaires de comt√© et les repr√©sentants des acteurs de la paix ont sign√© des chartes de paix dans tout le pays. Le chef Abey, membre du CMC de Banisa, a soulign√© l'importance des efforts de collaboration pour la consolidation de la paix en d√©clarant : ¬ę Les p√©riodes √©lectorales ont toujours √©t√© synonymes de malheur pour notre peuple, en particulier le long du corridor Mandera Nord-Banisa, en raison des souvenirs du pass√© que les √©lections font resurgir. Nous avons perdu des vies, des biens et des moyens de subsistance lors des √©lections en raison des conflits claniques permanents entre Garre et Degodia qui vivent le long de ce corridor ¬Ľ. ¬ę Bien que cette √©lection ne concerne que la politique du parti et l'int√©r√™t individuel plut√īt que les affaires claniques, nous prions pour que ce que nous avons connu dans le pass√© ne se r√©p√®te pas. Notre comt√© et ses habitants s'√©panouiront lorsque nous donnerons la priorit√© √† la paix sur tout¬Ľ, dit-il.

Au Kenya, le travail d'Interpeace s'est historiquement concentr√© sur la consolidation de la paix au niveau communautaire dans la partie nord-est du pays (comt√©s de Mandera et de Wajir) et, plus r√©cemment, dans la r√©gion du Rift Nord. Ses efforts de consolidation de la paix visent √† favoriser des solutions √©quitables pour partager le pouvoir et les ressources ; √† accro√ģtre et √† maintenir la coh√©sion sociale parmi les communaut√©s ayant des griefs de longue date et en cours ; √† am√©liorer la confiance et la coop√©ration entre les acteurs de la s√©curit√© et le public k√©nyan et √† aider √† cr√©er de nouvelles opportunit√©s comme moyens de maintenir la paix au Kenya apr√®s les √©lections.