Les voix de Mandera : histoires d'espoir et de paix du comté de Mandera au Kenya

7 avril, 2022

Les habitants du comt√© de Mandera au Kenya ont connu leur part de conflits et de violence au cours de la derni√®re d√©cennie. Situ√© dans le nord-est du Kenya, √† la fronti√®re de la Somalie et de l'√Čthiopie, la r√©gion a √©t√© en proie √† des meurtres, des raids sur le b√©tail, des attaques transfrontali√®res et des repr√©sailles, qui se sont produits entre de grands clans d'√©leveurs.

Les villages sont √©parpill√©s sur des terres divis√©es par des groupes ethniques et des fronti√®res coloniales, des lignes apparemment arbitraires que les gens et les animaux traversent r√©guli√®rement √† la recherche de p√Ęturages. Des histoires de violence recouvrent la r√©gion dont les pratiques nomades ont toujours ignor√© les fronti√®res qui entravent leur mode de vie errant.

Exacerb√©e par la raret√© des ressources et la n√©gligence √† am√©liorer les services publics et les infrastructures, la violence interclanique a s√©vi dans le comt√©, renfor√ßant encore le cercle vicieux de la souffrance et de l'instabilit√©. En particulier, le conflit entre les clans Garre et Degodia de 2010 √† 2015 a depuis entra√ģn√© le d√©placement de plus de 18 000 m√©nages et la mort de plus de 70 personnes. Des poches de personnes d√©plac√©es vivent toujours dans le comt√© en attendant d'√™tre r√©install√©es.

Cependant, en 2020, les dirigeants des clans Garre et Degodia se sont engagés à mettre fin aux hostilités, ce qui s'est concrétisé par la signature de la déclaration de paix de Banissa. Cet accord a conduit à la cessation immédiate des hostilités et à la réduction des activités criminelles telles que les raids et les dommages matériels, aboutissant à des niveaux beaucoup plus faibles de déplacement interne.

Facilitée par Interpeace et son partenaire local, la Commission nationale pour la cohésion et l'intégration (NCIC), la déclaration était le fruit des dialogues des dirigeants locaux eux-mêmes qui reflétaient un désir de paix transcendant les clans. Renforcée par la création des comités de surveillance du cessez-le-feu (CMC), elle est toujours en vigueur et est respectée, mais les efforts de réconciliation et de renforcement de la cohésion sociale se poursuivent à ce jour.

L'instauration d'une paix durable dans la r√©gion ne se limite pas √† la signature d'un seul accord. Les conflits interclaniques s√©vissent toujours, mais Interpeace et ses partenaires continuent d‚ÄôŇďuvrer, s'appuyant sur ce qui a √©t√© appris au cours des ann√©es d'engagement et de consultations communautaires dans le comt√©.

R√©solution des conflits li√©s aux ressources entre les clans Degodia et Garre ‚Äď une inspiration pour d'autres mod√®les

Entre 2010 et 2020, la circulation des personnes et du b√©tail entre les villages de Domal-Choroqo, Banisa-Guba, Malkamari-Eymole, Boqonsar-Handrak et Malkaruqa-Ardagarbicha a √©t√© fortement restreinte par crainte des attaques et des vols. Membres des clans oppos√©s Garre et Degodia, les habitants se sont battus pendant des ann√©es pour les rares ressources de la r√©gion, les questions de propri√©t√© fonci√®re et de droits de p√Ęturage ayant √©t√© exacerb√©es par le conflit politique. Ces 5 villages sont situ√©s dans les zones tampons des deux clans et ont le plus souffert des effets des cycles vicieux de la violence.

Interpeace et son partenaire de la NCIC ont mobilis√© les membres de la communaut√© pour participer √† des r√©unions de dialogue, jouant le r√īle de m√©diateurs entre les anciens, les administrateurs locaux, les jeunes et les femmes. Ils ont cr√©√© des espaces de dialogue inter-villages, o√Ļ les membres des diff√©rentes parties au conflit se sont r√©unis pour √©laborer des solutions visant √† pr√©venir et √† att√©nuer les escalades inter-claniques. Bien que ces villages se trouvent dans la zone tampon, ils sont √©galement les premi√®res lignes pour assurer la paix et le dialogue.

En mars 2020, 5 pactes intervillageois ont √©t√© conclus par les membres des clans Garre et Degodia, incluant le partage de l'eau et des p√Ęturages. Depuis leur signature, ces communaut√©s les ont appliqu√©s et r√©solvent les diff√©rends de mani√®re pacifique.

Les dialogues inter-villages men√©s dans le cadre de ce conflit ont servi de mod√®le √† Interpeace et √† la NCIC pour proposer des approches pacifiques aux conflits inter-clans de longue date √† Mandera et dans le Rift Nord du Kenya. Ce mod√®le s'est √©galement √©tendu √† l'√Čthiopie, ouvrant les relations de part et d'autre de la fronti√®re k√©nyano-√©thiopienne, ce qui a permis de s√©curiser les mouvements transfrontaliers des personnes, du commerce et du b√©tail √† la recherche d'eau et de p√Ęturages.

Dialogue et réconciliation entre les clans Murulle et Garre

Outre ceux li√©s aux ressources, Mandera conna√ģt √©galement des conflits en raison des diff√©rends frontaliers entre clans et villages. C'est le cas entre les Murulle et Garre, situ√©s √† proximit√© de la Somalie, dont les affrontements se poursuivent parce que des accords n'ont pas √©t√© respect√©s par les deux parties au cours de la derni√®re d√©cennie. Des tentatives de cessez-le-feu ont √©t√© faites depuis 2000, mais le conflit a continu√© de s'intensifier, entra√ģnant des victimes et la destruction des deux clans au cours des deux derni√®res d√©cennies.

Interpeace, la NCIC et le gouvernement du comt√© de Mandera ont d'abord examin√© les raisons de la violence malgr√© les accords pr√©c√©dents. Apr√®s avoir consult√© les membres des deux clans, il est apparu clairement que les impasses √©taient dues au manque de leur repr√©sentation et de leur influence dans le processus de m√©diation. Les processus de paix pr√©c√©dents ne pr√©voyaient que tr√®s peu de r√īles pour ceux-ci dans le jugement et l'√©laboration des accords, ce qui a conduit les communaut√©s √† revenir √† des solutions violentes pour r√©soudre les conflits li√©s aux ressources.

À la demande des parties au conflit, Interpeace et la NCIC ont fait appel à un arbitre externe en qui les deux clans avaient confiance. D'autres agences intergouvernementales - le ministère de l'Intérieur, le ministère des terres, le Survey of Kenya, la Commission nationale des terres , le Comité national sur la consolidation de la paix et la Commission électorale indépendante et de délimitation - ont été invités à la table des négociations pour trouver une solution durable à cette impasse meurtrière. Le processus a débouché sur deux verdicts clairs, élaborés conjointement et acceptés par les groupes en conflit : (1) la cessation immédiate des hostilités et les directives de réparation à mener par l'infrastructure de paix locale et (2) le fait que le différend frontalier relèvera du gouvernement qui délimitera le territoire contesté.

Le 8 février 2021, la classe politique, les anciens, les chefs religieux, les membres de la société civile et les membres de l'équipe de sécurité ont assisté à la signature de l'accord de paix Sheikh Umal II entre les clans Murulle et Garre dans le hall du siège du comté.

Cet arrangement a conduit à la compensation des propriétés détruites et vandalisées pendant le conflit. C'est également dans cet accord que le gouvernement a été chargé de délimiter la frontière contestée afin d'apporter une solution permanente au conflit, ce qui a également ouvert des possibilités de collaboration et de restauration de la confiance entre les clans et les autorités locales. Le processus des agences intergouvernementales est en cours.

Interpeace tient à remercier le Gouvernement allemand, le Royaume-Uni, l'Union européenne au Kenya et l'ambassade suisse au Kenya pour leur soutien à la création d'espaces de paix dans le comté de Mandera et dans d'autres zones de programme d'Interpeace au Kenya. Interpeace est également reconnaissant à ses partenaires locaux, la NCIC, le comté de Mandera, ainsi que le Frontiers Counties Development Council (FCDC) pour leurs contributions cruciales à ces efforts de paix menés par les communautés.