Rwanda: new findings and protocols to improve mental health and social cohesion

24 septembre, 2021

Des études montrent une prévalence élevée de troubles de santé mentale au Rwanda. Cette empreinte du génocide de 1994 contre les Tutsi a rendu difficile la réconciliation et la guérison sociétale. Lors d'une conférence hybride dans la capitale Kigali, le 2 septembre 2021, Interpeace et ses partenaires ont présenté les résultats de la recherche de base menée sur la santé mentale et la guérison sociétale dans le district de Bugesera.

La conférence était organisée par Interpeace, en partenariat avec la Commission nationale pour l'unité et la réconciliation (NURC) et Prison Fellowship Rwanda (PFR). Elle a été soutenue par l'Union européenne (UE) à travers son ambassade au Rwanda.

Au cours de l'événement, les participants ont également discuté du développement de plusieurs protocoles, éclairés par cette enquête de base, pour évaluer les efforts en cours et intervenir sur les questions liées à la santé mentale, à la cohésion sociale et aux moyens de subsistance durables au Rwanda.

Depuis le génocide contre les Tutsi, le Rwanda a connu 27 années de développement et de croissance soutenus. Cependant, le pays continue de faire face à d'importants problèmes de santé mentale. Une proportion considérable de la population rwandaise vit avec un traumatisme lié au génocide contre les Tutsi.

‚Äú¬ę Ma m√®re est toujours seule. Quand je lui pose une question sur ce qui s'est pass√© pendant le g√©nocide, elle s‚Äôisole imm√©diatement dans une pi√®ce pour pleurer et je me sens triste parce que je ne peux rien faire pour l'aider √† se sentir mieux ¬Ľ,a d√©clar√© un participant √† l'√©tude de base.

Cette situation est aggravée par la détresse psychologique et socioéconomique qui a contribué à perturber la cohésion sociale. Ces conditions de santé mentale qui prévalent ont rendu difficile le rétablissement de la confiance et la réconciliation des gens au Rwanda.

‚Äú¬ę Le Bugesera a beaucoup souffert du g√©nocide contre les Tutsi. Les personnes traumatis√©es ont des difficult√©s √† se pardonner et √† se faire confiance, de m√™me qu‚Äô√† adopter le d√©veloppement et des moyens de subsistance durables ¬Ľ,a d√©clar√© le maire du district de Bugesera, Richard Mutabazi.

Cependant, le gouvernement rwandais et les organisations de la soci√©t√© civile locale ont d√©j√† r√©alis√© des investissements et des progr√®s importants dans la gu√©rison des traumatismes, la coh√©sion sociale et l'am√©lioration des moyens de subsistance. Pour soutenir ces efforts en cours, la Commission nationale pour l'unit√© et la r√©conciliation, Prison Fellowship Rwanda et Interpeace ont commenc√© √† mettre en Ňďuvre la phase pilote d'un programme de gu√©rison soci√©tale dans le district de Bugesera, qui a √©t√© le plus durement touch√© par le g√©nocide contre les Tutsi. Cette √©tude de r√©f√©rence sur la sant√© mentale et la gu√©rison soci√©tale faisait partie de ce programme, lanc√© en octobre 2020.

"Nous voulions √©valuer l'√©tat actuel des communaut√©s du district de Bugesera, en ce qui concerne la sant√© mentale, la coh√©sion sociale et les moyens de subsistance collaboratifs, puis utiliser les donn√©es comme base pour d√©velopper des protocoles d'intervention pour le district et au-del√†", a expliqu√© le repr√©sentant d‚ÄôInterpeace au Rwanda et dans la r√©gion des Grands Lacs, Frank Kayitare. ¬ę Nous avons obtenu une contribution inestimable des organisations gouvernementales et non gouvernementales. Ces intrants ont rendu notre programme plus r√©actif, permettant un r√©sultat potentiellement plus r√©silient ¬Ľ.

La pr√©sentation des r√©sultats de cette √©tude lors de la conf√©rence, le 2 septembre, a marqu√© l'ach√®vement de la premi√®re √©tape de ce programme pilote, connue sous le nom de ¬ę Renforcement des capacit√©s communautaires pour la coh√©sion sociale et la r√©conciliation par la gu√©rison des traumatismes soci√©taux dans le district de Bugesera ¬Ľ.

¬ę Nous sommes tr√®s heureux de voir ce projet aboutir apr√®s plusieurs discussions qui ont commenc√© sur ce sujet tr√®s important entre Interpeace, le gouvernement, l'UE et d'autres partenaires il y a plus d'un an ¬Ľ, a d√©clar√© l‚Äôambassadeur de l'UE au Rwanda, Nicola Bellomo.

Le défi de la santé mentale au Rwanda est multidimensionnel. Le manque de remords et de pardon, l'impunité et la pauvreté ont tous été cités dans la recherche comme des facteurs qui sous-tendent la méfiance entre les groupes sociaux. Un autre aspect important révélé par l'étude était le défi de la réinsertion réussie des auteurs de génocide condamnés qui ont terminé leur peine de prison. Plus précisément, il a été constaté que la réintégration est très souvent une expérience extrêmement difficile, pour les anciens prisonniers mais aussi pour les communautés qui les accueillent. Les problèmes de stigmatisation sociale, de rejet par la famille et d'incapacité à maintenir des moyens de subsistance ont été les plus fréquemment signalés parmi les ex-détenus libérés. Ces défis sociaux auxquels sont confrontés les ex-prisonniers aggravent les problèmes causés par une longue période d'incarcération, qui incluent la perte d'identité sociale et professionnelle, l'érosion des relations familiales et de l'expression émotionnelle, de même que la perte d'espoir dans l'avenir.

¬ę Les d√©fis au niveau communautaire ne sont pas seulement unidimensionnels et n√©cessitent un effort de collaboration. Ce qui se passe au Rwanda est un exemple r√©volutionnaire et brillant. Nous devrions penser √† l'√©volutivit√© de ces initiatives pour un meilleur r√©sultat ¬Ľ, a d√©clar√© √©e repr√©sentant r√©gional principal pour l'Afrique orientale et centrale chez Interpeace, Theo Hollander.

En termes de moyens de subsistance, l'enqu√™te de base a r√©v√©l√© des preuves de difficult√©s √©conomiques. Les gens luttent pour survivre aussi bien qu'ils le peuvent dans des circonstances d√©favorables. Un d√©fi cl√© qui a √©merg√© de l'√©tude est la faible production agricole qui contribue √† l'ins√©curit√© alimentaire. Le recours √† l'agriculture pluviale, l'acc√®s insuffisant aux terres irrigables, l'utilisation limit√©e d'engrais et la propri√©t√© limit√©e de b√©tailsont tous en cause. Les r√©sidents comptent in√©vitablement sur les march√©s pour compl√©ter leurs approvisionnements alimentaires, ce qui √† son tour pousse les jeunes √† des r√īles de travail subalternes afin de g√©n√©rer les liquidit√©s n√©cessaires, r√©duisant leur disponibilit√© pour participer √† l'√©ducation et √† la formation. Les comp√©tences professionnelles faisaient d√©faut dans le district, la grande majorit√© des personnes interrog√©es d√©clarent que leur seule comp√©tence professionnelle est l'agriculture avec des outils de base.

¬ę Notre objectif au Rwanda est de d√©velopper des interventions compl√®tes, d'associer des solutions rwandaises locales aux meilleures pratiques internationales et d'utiliser plusieurs types de preuves pour am√©liorer la sant√© mentale ¬Ľ, a d√©clar√© le directeur ex√©cutif adjoint de Prison Fellowship Rwanda, Ntwali Jean Paul.

L'√©tude a √©galement √©valu√© les perspectives et la dynamique du genre et des jeunes en termes de sant√© mentale, de relations familiales, de r√©insertion des prisonniers et de moyens de subsistance. Elle a r√©v√©l√© que les femmes du district de Bugesera ont √©t√© profond√©ment affect√©es par le g√©nocide, par diverses voies directes et indirectes. En ce qui concerne la sant√© mentale, l'√©tude a r√©v√©l√© que plus de femmes que d'hommes ont signal√© des probl√®mes d'anxi√©t√© et de d√©pression. En ce qui concerne la transmission interg√©n√©rationnelle des h√©ritages du g√©nocide, l'√©tude a identifi√© deux d√©fis majeurs pour les jeunes ; le premier est de grandir dans une famille dans laquelle les parents souffrent de probl√®mes psychosociaux √©tendus en raison de leurs exp√©riences traumatisantes, dans la mesure o√Ļ cette situation mine leur capacit√© en tant que parents. La seconde est la difficult√© pour les parents de discuter des √©v√©nements et des exp√©riences qui provoquent souvent chez leurs enfants un sentiment de confusion, de col√®re ou d'ins√©curit√©.

¬ę La sant√© mentale est cruciale pour faire progresser la coh√©sion sociale au Rwanda. Les √©quipes d'Interpeace Rwanda, de la Commission nationale pour l'unit√© et la r√©conciliation, du minist√®re de la sant√© et de Prison Fellowship Rwanda ont aid√© les Rwandais et le gouvernement √† relever ces d√©fis et traumatismes li√©s √† la sant√© mentale et nous nous engageons √† en faire plus avec nos partenaires ¬Ľ, a d√©clar√© le pr√©sident d'Interpeace, Scott Weber.

Les résultats de l'enquête de base ont informé le développement de plusieurs nouveaux protocoles d'évaluation et d'intervention, qui guideront les efforts futurs liés à la santé mentale, à la cohésion sociale et aux moyens de subsistance durables au Rwanda. L'ensemble de ceux-ci comprenait une intervention holistique de santé mentale et de soins psychosociaux combinant des solutions locales rwandaises avec les meilleures pratiques internationales. Plus précisément, les protocoles de dépistage visaient à évaluer la population communautaire et à affecter les participants aux interventions, en fonction de leurs besoins individualisés. Parmi les autres dispositifs développés, il existe un protocole de thérapie axé sur la résilience et un programme de compétences socio-émotionnelles pour les soins de santé mentale ; espace de ressourcement multifamilial et adaptations des protocoles de sociothérapie pour la cohésion sociale ; évaluation des risques et de la résilience des détenus et protocoles de réhabilitation des détenus et feuille de route pour la réinsertion ; ainsi qu'un protocole collaboratif sur les moyens de subsistance pour guider le développement des entreprises communautaires.

Vous pouvez écouter l'enregistrement de la conférence ici : https://spoti.fi/3zOnMod

Notre programme de gu√©rison soci√©tale au Rwanda renforce les capacit√©s des communaut√©s gr√Ęce √† une approche innovante et holistique pour accro√ģtre les investissements dans la sant√© mentale, lutter contre les traumatismes et faire progresser la coh√©sion sociale. Le programme est financ√© par l'UE √† travers son instrument contribuant √† la stabilit√© et √† la paix (IcSP).