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Décentralisation des services de santé mentale et de soutien psychosocial au Rwanda

9 octobre, 2023
Est. Reading: 3 minutes

Près de trois décennies après le génocide contre les Tutsi, les Rwandais en subissent encore les effets sur la santé mentale, le développement socio-économique, la cohésion sociale et la réconciliation. La récente enquête sur la santé mentale au Rwanda menée en 2018 par le Centre biomédical du Rwanda (RBC) a révélé que la prévalence des troubles sur cette question au sein de la population rwandaise est supérieure à la moyenne mondiale et est particulièrement élevée parmi les survivants du génocide. Les études d’Interpeace ont corroboré les conclusions de ce dispositif. Les maladies mentales les plus fréquemment diagnostiquées sont la dépression majeure, le trouble traumatique post-stress, l'anxiété, le trouble panique, la dépendance à une substance et la phobie sociale. Pour faire face à ces conséquences de longue date, il est primordial de renforcer et de soutenir la décentralisation du système national de santé mentale et de soutien psychosocial.

Au cours des 20 dernières années, le gouvernement du Rwanda a déployé des efforts considérables pour décentraliser les soins de santé mentale dans les hôpitaux de référence et de district et les intégrer aux soins de santé primaires (centres de santé) à travers le pays. Cependant, le pays reste confronté à des défis tels que l'ampleur des besoins en santé mentale qui dépasse la capacité des professionnels disponibles, la faible sensibilisation et connaissance des problèmes de santé mentale, la médiocrité des infrastructures et la faible utilisation des prestations sur ces soins, qui s'élève à 5,3 %.

Grâce à son programme de guérison sociétale mis en œuvre avec le soutien financier du gouvernement suédois, Interpeace travaille avec le ministère de la santé par l'intermédiaire du RBC pour trouver des solutions innovantes à ces défis. Le programme renforce les capacités des professionnels de la santé mentale grâce à la formation et à la distribution d'équipements. Avec ses partenaires tels que Prison Fellowship Rwanda, Haguruka, Dignity in Detention (DIDE) Rwanda et Groupe des anciens étudiants rescapés du génocide (GAERG), Interpeace a également lancé une approche de guérison communautaire connue sous le nom de protocole thérapeutique axé sur la résilience, un traitement de groupe en plusieurs phases pour la régulation émotionnelle, l'autogestion comportementale et le développement de l'identité pour compléter l'approche individuelle habituellement utilisée dans les établissements de santé à travers le pays.

En juillet 2023, Interpeace a encadré 58 psychologues cliniciens et infirmiers en santé mentale de sept hôpitaux de district, 32 centres de santé et quatre établissements pénitentiaires des cinq districts d'intervention du programme, à savoir Musanze, Nyabihu, Nyamagabe, Nyagatare et Ngoma, pour appliquer des thérapies axées sur la résilience au niveau du centre de santé.

Clementine Sezicyeye, infirmière en santé mentale à l'hôpital de Kigeme, dans le district de Nyamagabe, dans le sud du Rwanda, fait partie des stagiaires. Son unité reçoit chaque mois plus de 200 cas de divers troubles de santé mentale. Elle propose principalement des traitements médicamenteux. Elle est convaincue que les espaces de guérison communautaires axés sur la résilience contribueront à garantir un accès facile aux soins de santé mentale pour un plus grand nombre de personnes.

« L’approche individuelle que nous utilisons est bonne et efficace, mais elle ne nous permet pas d’aider autant de personnes que l’exige l’ampleur des besoins. Nous avons appris une nouvelle approche de groupe qui nous permet d'aider plusieurs personnes en même temps avec la possibilité d'animer plus de deux groupes par semaine. Il s’agit d’une solution innovante à ce défi. Nous sommes prêts à mettre en œuvre ce protocole », a commenté Mme Sezicyeye.

Les professionnels de santé encadrés animeront des espaces de guérison axés sur la résilience établis dans leurs centres de santé, pouvant accueillir un groupe de 10 personnes chacun. Celles-ci assistent à des dialogues de guérison pendant une période de 30 semaines, constitués de 24 séances de guérison hebdomadaires et de six séances de suivi. Les membres de la communauté sont répartis dans des groupes de guérison adaptés après des séances de dépistage menées dans les communautés pour évaluer le niveau de leur détresse psychologique et leurs besoins.

Le programme a soutenu les centres de santé et les hôpitaux en leur distribuant des tablettes électroniques pour une collecte et une gestion des données pendant les processus de dépistage et de guérison. Ils recevront également des motocyclettes pour faciliter le transport des professionnels de la santé mentale vers les communautés éloignées.

« De nombreuses personnes dans les communautés ne savent même pas ou ne reconnaissent pas qu’elles ont des problèmes de santé mentale et d’autres le savent mais ont des moyens limités pour accéder aux soins de santé. En tant que centre de santé, nous disposons d'un budget très limité pour organiser des activités à grande échelle dans les communautés. Je crois que nous permettre de les atteindre est la meilleure façon de les soutenir », a déclaré Emmanuel Mbarushimana, chef du centre de santé de Muhoza, dans le district de Musanze, province du Nord du Rwanda. Il a ajouté que les séances de dépistage communautaires seront une opportunité de mener des campagnes de sensibilisation pour accroître la prise de conscience et les connaissances des membres de la communauté ainsi que lutter contre la stigmatisation à laquelle les personnes souffrant de problèmes de santé mentale sont généralement confrontées.

Le faible niveau de connaissances en matière de santé mentale parmi les responsables des centres de santé constitue toujours une pierre d'achoppement à la prestation de services. Les 32 chefs de ces sites dans les cinq districts du programme ont été encadrés pour accroître leurs connaissances et renforcer leurs capacités en matière de soins de santé mentale et de soutien psychosocial. «Mes collègues et moi avions l'habitude de sous-estimer le travail des psychologues et des infirmières en santé mentale parce que nous connaissions peu ce qu'ils font et ce que cela nécessite. Nous les avons souvent utilisés comme personnel de secours lorsque nous étions confrontés à une pénurie de personnel. Maintenant, j'ai compris qu'ils font beaucoup de travail et ont besoin de plus de temps et d'espace sûr », a déclaré M. Mbarushimana.