Improving Access to MHPSS Services in Rwanda

In Rwanda, Mental Health and Psychosocial Support (MHPSS) needs outstrip the capacity of available professionals and the service care provision is hindered by cultural barriers associated with one-on-one therapy approach. Interpeace trains clinical psychologists and mental health nurses to implement a group-based approach, “Resilience-oriented therapy”, at the grassroots level.

Aborder les problèmes de santé mentale chez les jeunes au Rwanda

L'Enquête sur la santé mentale au Rwanda de 2018 menée par le Centre biomédical du Rwanda (RBC) a souligné que le traumatisme du génocide commis contre les Tutsi se transmet des parents aux enfants, y compris ceux nés après cette période tragique. L'étude a révélé que 27,4% des jeunes Rwandais âgés de 14 à 25 ans souffrent de certains troubles psychologiques, notamment des traumatismes, la dépression, l'anxiété, la peur et l'isolement social. Pourtant, quelques spécialistes et praticiens se concentrent sur la santé mentale des enfants et des adolescents dans le pays.

Julien Ishimwe, 20 ans, a vécu un traumatisme profond et un isolement social pendant plus de 15 ans. Ses parents sont tous deux survivants du génocide. Durant la période annuelle de commémoration du génocide qui dure habituellement trois mois à partir du 7 avril, ce jeune homme a pu voir le bien-être mental de ses parents affecté par les pires souvenirs des atrocités qu’ils ont vécues. En grandissant, il a développé de la haine et du ressentiment contre les auteurs du génocide et leurs descendants. Il ne voulait pas socialiser avec eux car il les considérait comme ses pires ennemis.

« Je les détestais tellement que j’imaginais qu’ils étaient la cause de la souffrance de mes parents. Cela m'a fait mal de voir à quel point mes parents ont subi les conséquences du génocide », raconte Julien, qui ajoute : « J'ai ressenti beaucoup de colère quand j'ai vu à quel point les enfants des auteurs du génocide sont heureux avec leurs grands-parents, oncles et tantes, alors que je ne sais même pas à quoi ressemblait les miens ».

Son traumatisme a également affecté ses résultats scolaires. En classe, il évitait autant que possible de s'asseoir ou de jouer avec quelqu'un qu'il soupçonnait d'être un descendant d'un auteur du génocide. « J’ai été obligé d’aller à l’école parce que mes parents m’y ont forcé. Je me suis senti découragé d’étudier lorsque j’ai regardé autour de moi et remarqué que les descendants des auteurs du génocide étaient plus nombreux que nous. J’avais peur qu’ils me tuent comme leurs parents tuaient mes grands-parents », a-t-il dit. Il a ajouté : « J’avais perdu mon estime de moi et je pensais qu’après l’obtention de mon diplôme, ils obtiendraient un meilleur travail que moi ».

Charlotte Mukanyindo, la mère du jeune homme, s’inquiétait beaucoup pour son fils, qui aimait s’isoler de ses frères et sœurs. « Il nous parlait à peine ou jouait à peine avec ses frères et sœurs. Il était toujours en colère et amer. Cela a été un choc pour moi de voir à quel point mon fils souffre, mais je ne savais pas comment l’aider », a-t-elle expliqué.

Le jeune homme a commencé son parcours de guérison lorsqu'il a rejoint l'un des groupes de sociothérapie créés dans le secteur de Mukamira, district de Nyabihu, province de l'Ouest, dans le cadre du programme holistique de consolidation de la paix et de guérison sociétale d'Interpeace, présent dans cinq districts, à savoir Nyabihu, Musanze, Nyamagabe, Ngoma et Nyagatare. Bénéficiant du soutien financier du gouvernement suédois et mis en œuvre avec les partenaires locaux Haguruka, Prison Fellowship Rwanda et Dignity in Detention, le dispositif aborde les problèmes de santé mentale, promeut la cohésion sociale, soutient la réhabilitation psychologique et la réintégration des prisonniers et améliore les moyens de subsistance.

Le groupe auquel le jeune homme s'est joint a réuni des jeunes issus de familles de survivants et d'auteurs du génocide pour les encourager à engager des discussions sur l'histoire et le génocide et à s'entraider pour guérir.

Ce dispositif a permis à celui-ci de guérir, de surmonter la haine et de développer des liens solides avec ceux qu'il détestait autrefois. « Aujourd'hui, je me sens heureux et à l'aise avec tout le monde, y compris ceux que je détestais. Aujourd’hui, beaucoup de mes amis sont des descendants de génocidaires. Grâce aux dialogues de guérison en sociothérapie, j'ai appris que je ne devais pas les juger sur les crimes de leurs parents. En partageant des témoignages et des expériences de vie, j’ai découvert qu’ils ont également souffert de traumatismes, de honte et de culpabilité face aux crimes de leurs parents. La seule façon de surmonter cela est de développer des amitiés et de construire notre avenir ensemble », explique-t-il.

Le jeune homme a retrouvé son intérêt pour la poursuite de ses études. En attendant d'entrer à l'université, il a commencé à suivre des cours techniques et professionnels. Sa mère, Mukanyindo, ne pouvait pas croire à quel point il avait changé pour le mieux. "C'est un miracle. Je ne pouvais pas croire à quel point il était devenu amical et sociable et disposé à se lancer dans n’importe quelle activité économique ».

Celui-ci fait partie des 327 jeunes issus de familles de survivants et d'auteurs du génocide qui ont obtenu leur diplôme de dialogues de guérison en sociothérapie en juin 2023. Les groupes de guérison communautaires stimulent la guérison mutuelle et établissent une base solide pour la réconciliation. Depuis le lancement du programme de guérison sociétale en octobre 2020, plus de 3450 jeunes ont participé.

Celui-ci travaille également avec le ministère de la Santé par l'intermédiaire du Rwanda Biomedical Centre (RBC) pour renforcer le système national de santé mentale en formant des professionnels de la santé mentale et en fournissant des équipements qui leur permettent d'atteindre les communautés dans les zones reculées.

 

 

Promouvoir un journalisme considérant la santé mentale et le soutien psychosocial (MHPSS) pour la consolidation de la paix au Rwanda

Le récent Rapport mondial sur la santé mentale publié par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2022 souligne le faible niveau de connaissances sur cette question comme l'un des principaux obstacles à la santé mentale et au soutien psychosocial (MHPSS) dans le monde. Les médias, qu'ils soient traditionnels ou nouveaux, jouent un rôle central dans l'élimination de ces barrières en éduquant la société, en plaidant et en sensibilisant. Ironiquement, les professionnels des médias eux-mêmes manquent souvent de connaissances et de compréhension adéquates en matière de santé mentale.

Dans le cadre de son programme holistique de consolidation de la paix axé sur la MHPSS pour promouvoir la guérison sociétale et la réconciliation au Rwanda, Interpeace a organisé une session de formation pour les journalistes. L’objectif était d’accroître leurs connaissances, leurs compétences et leur compréhension de cette question.

La formation de deux jours a eu lieu en août 2023 et a offert des outils et des compétences essentielles à 26 participants issus de divers médias locaux, garantissant ainsi leur capacité à produire du contenu professionnel en matière de MHPSS et de consolidation de la paix qui respecte les normes éthiques.

La participation des médias aux processus de consolidation de la paix et de MHPSS est primordiale au Rwanda, où la population continue de lutter contre des troubles de santé mentale résultant du génocide perpétré contre les Tutsi il y a près de trois décennies.

La formation comprenait des théories, des études de cas et des exercices pratiques pour approfondir la compréhension des participants sur la santé mentale et les considérations éthiques qui doivent guider leurs reportages. Ceux-ci ont salué ce dispositif pour avoir renforcé leurs capacités et éveillé leur volonté de réaliser des reportages sensibles à la santé mentale.

La production de programmes et de rapports approfondis et bien documentés favorisera le plaidoyer auprès des diverses parties prenantes, notamment les responsables gouvernementaux, les experts et les donateurs, dans le but de faire progresser et d'influencer les politiques et pratiques de santé mentale dans le pays.

L'un des journalistes radio les plus influents, Oswald Mutuyeyezu, a exprimé son souhait d'avoir des ateliers réguliers. « Nous avons beaucoup appris de cet atelier. Nous avons compris les troubles/maladies de santé mentale les plus récemment diagnostiqués au Rwanda ainsi que les techniques et approches nécessaires pour en rendre compte. Même s'il peut être trop exigeant d'organiser cette formation tous les mois, je suggère qu'elle soit organisée au moins tous les trimestres pour rafraîchir nos esprits et nos connaissances », a-t-il dit.

Scovia Mutesi, journaliste indépendante, influenceuse des médias sociaux et propriétaire du journal en ligne « Mama Urwagasabo » et d’une chaîne YouTube, a proposé d’élargir la formation pour inclure des journalistes plus jeunes afin d’assurer la pérennité de l’initiative.

Les participants se sont engagés à produire davantage de contenu lié à la MHPSS et à la consolidation de la paix pour éduquer les communautés et les sensibiliser. Cette approche contribuera à une augmentation de l'utilisation des services de santé mentale dans le pays, qui s'élève actuellement à 5,3 %. Elle oeuvrera pour lutter contre la stigmatisation et la discrimination profondément enracinées auxquelles sont souvent confrontées les personnes vivant avec des problèmes de santé mentale, qui entravent la demande de soins.

Interpeace a organisé l'atelier de formation en partenariat avec la Commission rwandaise des médias (RMC), l'organisme de régulation du secteur des médias au Rwanda, chargé de renforcer ses capacités. Le secrétaire exécutif de celle-ci, Emmanuel Mugisha, a salué le partenariat pour l'organisation de cette formation. Il a en outre encouragé les journalistes formés à utiliser les compétences acquises pour renforcer leur professionnalisme et remplir leur rôle de quatrième pouvoir.

« Nous croyons en votre capacité et votre pouvoir de conduire le changement. Par conséquent, nous prévoyons une augmentation des histoires, des documentaires et des programmes qui éduquent les Rwandais sur la santé mentale et plaident en faveur d’un système de santé mentale solide et décentralisé. Cette formation jette les bases d'un partenariat solide et fructueux entre Interpeace et le secteur des médias dans la promotion de la MHPSS et de la consolidation de la paix au Rwanda », a-t-il déclaré.

Décentralisation des services de santé mentale et de soutien psychosocial au Rwanda

Près de trois décennies après le génocide contre les Tutsi, les Rwandais en subissent encore les effets sur la santé mentale, le développement socio-économique, la cohésion sociale et la réconciliation. La récente enquête sur la santé mentale au Rwanda menée en 2018 par le Centre biomédical du Rwanda (RBC) a révélé que la prévalence des troubles sur cette question au sein de la population rwandaise est supérieure à la moyenne mondiale et est particulièrement élevée parmi les survivants du génocide. Les études d’Interpeace ont corroboré les conclusions de ce dispositif. Les maladies mentales les plus fréquemment diagnostiquées sont la dépression majeure, le trouble traumatique post-stress, l'anxiété, le trouble panique, la dépendance à une substance et la phobie sociale. Pour faire face à ces conséquences de longue date, il est primordial de renforcer et de soutenir la décentralisation du système national de santé mentale et de soutien psychosocial.

Au cours des 20 dernières années, le gouvernement du Rwanda a déployé des efforts considérables pour décentraliser les soins de santé mentale dans les hôpitaux de référence et de district et les intégrer aux soins de santé primaires (centres de santé) à travers le pays. Cependant, le pays reste confronté à des défis tels que l'ampleur des besoins en santé mentale qui dépasse la capacité des professionnels disponibles, la faible sensibilisation et connaissance des problèmes de santé mentale, la médiocrité des infrastructures et la faible utilisation des prestations sur ces soins, qui s'élève à 5,3 %.

Grâce à son programme de guérison sociétale mis en œuvre avec le soutien financier du gouvernement suédois, Interpeace travaille avec le ministère de la santé par l'intermédiaire du RBC pour trouver des solutions innovantes à ces défis. Le programme renforce les capacités des professionnels de la santé mentale grâce à la formation et à la distribution d'équipements. Avec ses partenaires tels que Prison Fellowship Rwanda, Haguruka, Dignity in Detention (DIDE) Rwanda et Groupe des anciens étudiants rescapés du génocide (GAERG), Interpeace a également lancé une approche de guérison communautaire connue sous le nom de protocole thérapeutique axé sur la résilience, un traitement de groupe en plusieurs phases pour la régulation émotionnelle, l'autogestion comportementale et le développement de l'identité pour compléter l'approche individuelle habituellement utilisée dans les établissements de santé à travers le pays.

En juillet 2023, Interpeace a encadré 58 psychologues cliniciens et infirmiers en santé mentale de sept hôpitaux de district, 32 centres de santé et quatre établissements pénitentiaires des cinq districts d'intervention du programme, à savoir Musanze, Nyabihu, Nyamagabe, Nyagatare et Ngoma, pour appliquer des thérapies axées sur la résilience au niveau du centre de santé.

Clementine Sezicyeye, infirmière en santé mentale à l'hôpital de Kigeme, dans le district de Nyamagabe, dans le sud du Rwanda, fait partie des stagiaires. Son unité reçoit chaque mois plus de 200 cas de divers troubles de santé mentale. Elle propose principalement des traitements médicamenteux. Elle est convaincue que les espaces de guérison communautaires axés sur la résilience contribueront à garantir un accès facile aux soins de santé mentale pour un plus grand nombre de personnes.

« L’approche individuelle que nous utilisons est bonne et efficace, mais elle ne nous permet pas d’aider autant de personnes que l’exige l’ampleur des besoins. Nous avons appris une nouvelle approche de groupe qui nous permet d'aider plusieurs personnes en même temps avec la possibilité d'animer plus de deux groupes par semaine. Il s’agit d’une solution innovante à ce défi. Nous sommes prêts à mettre en œuvre ce protocole », a commenté Mme Sezicyeye.

Les professionnels de santé encadrés animeront des espaces de guérison axés sur la résilience établis dans leurs centres de santé, pouvant accueillir un groupe de 10 personnes chacun. Celles-ci assistent à des dialogues de guérison pendant une période de 30 semaines, constitués de 24 séances de guérison hebdomadaires et de six séances de suivi. Les membres de la communauté sont répartis dans des groupes de guérison adaptés après des séances de dépistage menées dans les communautés pour évaluer le niveau de leur détresse psychologique et leurs besoins.

Le programme a soutenu les centres de santé et les hôpitaux en leur distribuant des tablettes électroniques pour une collecte et une gestion des données pendant les processus de dépistage et de guérison. Ils recevront également des motocyclettes pour faciliter le transport des professionnels de la santé mentale vers les communautés éloignées.

« De nombreuses personnes dans les communautés ne savent même pas ou ne reconnaissent pas qu’elles ont des problèmes de santé mentale et d’autres le savent mais ont des moyens limités pour accéder aux soins de santé. En tant que centre de santé, nous disposons d'un budget très limité pour organiser des activités à grande échelle dans les communautés. Je crois que nous permettre de les atteindre est la meilleure façon de les soutenir », a déclaré Emmanuel Mbarushimana, chef du centre de santé de Muhoza, dans le district de Musanze, province du Nord du Rwanda. Il a ajouté que les séances de dépistage communautaires seront une opportunité de mener des campagnes de sensibilisation pour accroître la prise de conscience et les connaissances des membres de la communauté ainsi que lutter contre la stigmatisation à laquelle les personnes souffrant de problèmes de santé mentale sont généralement confrontées.

Le faible niveau de connaissances en matière de santé mentale parmi les responsables des centres de santé constitue toujours une pierre d'achoppement à la prestation de services. Les 32 chefs de ces sites dans les cinq districts du programme ont été encadrés pour accroître leurs connaissances et renforcer leurs capacités en matière de soins de santé mentale et de soutien psychosocial. «Mes collègues et moi avions l'habitude de sous-estimer le travail des psychologues et des infirmières en santé mentale parce que nous connaissions peu ce qu'ils font et ce que cela nécessite. Nous les avons souvent utilisés comme personnel de secours lorsque nous étions confrontés à une pénurie de personnel. Maintenant, j'ai compris qu'ils font beaucoup de travail et ont besoin de plus de temps et d'espace sûr », a déclaré M. Mbarushimana.

My life had no meaning

 

Effective rehabilitation and reintegration should be integral to societal healing and peacebuilding processes in countries like Rwanda, which experienced the worst atrocities, such as the 1994 Genocide against the Tutsi. Listen to how, in Rwanda, Interpeace uses a group-based Sociotherapy healing approach to contribute to the psychological rehabilitation and reintegration of prisoners about to be released.

 

Réadaptation psychologique des détenus pour renforcer la cohésion sociale et la réconciliation au Rwanda

Le génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda a eu des conséquences importantes sur la santé mentale, la cohésion sociale et le développement socio-économique. En 1996, environ 130 000 individus soupçonnés d'avoir participé avaient été arrêtés et détenus. L’une des conséquences majeures du génocide a été les graves problèmes de santé mentale rencontrés par les survivants en raison des horribles atrocités commises contre eux et leurs proches. Des études récentes ont conclu que même les condamnés pour ces violences subissent diverses détresses psychologiques en raison des atrocités qu'ils ont perpétrées et de leur incarcération, ce qui rend leur réintégration effective dans leur famille et leur communauté après leur libération assez complexe.

"J'ai été profondément traumatisé par ma vie difficile en prison et j'étais trop en colère contre ma famille parce qu'ils ne se souciaient pas de moi comme je l'aurais souhaité", a déclaré Edi (pseudonyme), un condamné pour génocide détenu à la prison de Bugesera. installation située dans la province orientale du Rwanda.

Le cas d’Edi n’est pas isolé, puisque son collègue Alpan (pseudonyme) a également souffert d’une profonde dépression et d’un isolement social pendant plus de 27 ans. « Je me sentais traumatisé et anxieux chaque fois que je pensais à ce que j'avais fait pendant le génocide et à la façon dont j'avais déçu ma famille et ma communauté. Ici, je ne voulais parler à personne et je m’étais désintéressé de tout car je pensais que ma vie n’avait aucun sens », raconte-t-il.

Un nombre important de personnes reconnues coupables de crimes de génocide ont déjà été libérées ces dernières années. Selon les études d’Interpeace, elles sont susceptibles de provoquer des tensions et de l’anxiété parmi les familles des survivants du génocide et dans la communauté en général, pouvant conduire à la récidive. L’incapacité à garantir leur réadaptation psychologique efficace constitue un obstacle majeur aux progrès en matière d’unité et de réconciliation, 29 ans après les atrocités.

Depuis 2020, Interpeace et ses partenaires locaux, Dignity in Detention Organisation, Haguruka et Prison Fellowship Rwanda, avec le soutien financier de l'Union européenne et du gouvernement suédois, mettent en œuvre un programme holistique de consolidation de la paix qui simultanément aborde la santé mentale , favorise la cohésion sociale et renforce les moyens de subsistance économiques, avec un accent particulier sur la réadaptation psychologique et la réinsertion des prisonniers.

 

Impact des espaces de guérison de sociothérapie en prison

Interpeace, en collaboration avec ses partenaires locaux, a établi des espaces de guérison par sociothérapie dans cinq prisons, à savoir Bugesera, Nyamagabe, Musanze, Nyagatare et Ngoma, afin de fournir aux détenus sur le point d'être libérés des services de soutien psychosocial de groupe.

Après un processus de sélection rigoureux visant à évaluer leur niveau de détresse et leurs besoins, les détenus en voie de libération sont répartis en groupes de 12 à 15 membres chacun. Guidés par des codétenus bien formés, ils s'engagent dans des dialogues de guérison qui durent 15 semaines. Menés dans un espace sécuritaire et un environnement propice, ceux-ci simulent la guérison mutuelle, la tranquillité d’esprit et la cohésion.

« Les espaces de guérison en sociothérapie m'ont permis de réaliser qu'être en prison n'est pas la fin de ma vie. Avant, j’étais désespéré et je pensais que ma vie n’avait aucune valeur. Mais maintenant, j'ai retrouvé le sentiment d'un avenir meilleur après ma libération, qui est prévue dans moins de deux ans », a déclaré Alpan, qui a ajouté : « ils m'ont aidé à renouer avec celui que j'ai offensé. Nous nous parlons souvent au téléphone et je me sens prêt à lui demander pardon après ma libération ».

Comme ses codétenus, les espaces de guérison par sociothérapie ont permis à Edi non seulement de faire face à ses détresses et de renouer avec sa famille mais aussi de vivre en paix et en harmonie avec les autres prisonniers. En juin 2023, le premier groupe de 182 détenus a obtenu son diplôme dans les espaces de guérison de quatre prisons. Auparavant, plus de 50 ont obtenu leur diplôme au cours d'une phase pilote du programme mis en œuvre dans le district de Bugesera, à l'est du Rwanda, de 2020 à 2022. Selon l'objectif du programme, trois groupes obtiennent leur diplôme chaque année. Ceux qui sortent des espaces de guérison acquièrent des compétences pratiques qui les rendent mieux équipés pour lancer des opportunités de subsistance et gagner leur vie après leur libération.

Formation des agents correctionnels sur la mise en œuvre du programme

Interpeace a travaillé avec le Service correctionnel du Rwanda (RCS) pour élaborer un programme standardisé de réadaptation et de réintégration des prisonniers, qui a été adopté en juillet 2022. Le dispositif œuvre comme guide pour harmoniser le processus dans tous les établissements pénitentiaires et est mené par des agents correctionnels formés.

Du 5 au 11 juin, RCS, avec le soutien d'Interpeace, a organisé une formation de formateurs pour 45 agents correctionnels sur la mise en œuvre du programme. Les participants ont été sélectionnés dans des établissements correctionnels de tout le pays. Ceux qui terminent la formation formeront également leurs collègues en service. Le directeur des prisons Alain Gilbert Mbarushimana, l'un des participants, a salué la formation, déclarant qu'elle a renforcé leur capacité à mieux accompagner les détenus.

« Au cours de cette formation, nous avons appris diverses approches innovantes en matière de réhabilitation des détenus. Je suis convaincu que cela nous permettra d’aider efficacement les détenus à devenir de meilleures personnes. Nous nous sentons pleinement équipés pour partager nos connaissances et nos compétences avec nos collègues de tous les établissements pénitentiaires », a déclaré le surintendant Mbarushurishama.

Lors de la cérémonie de clôture de la formation, le commissaire des prisons Jean Bosco Kabanda, responsable de la Division éthique et doctrine au RCS, a souligné l'importance de celle-ci pour permettre à l'institution de remplir son mandat de réhabilitation des détenus pour qu'ils deviennent de meilleurs citoyens.

Il a également révélé que le programme sera associé aux cours de l’école de formation du RCS proposés au personnel nouvellement recruté et aux cours de recyclage destinés aux officiers en service.