Comprendre et prévenir la violence politique en Côte d’Ivoire (PREDIA 2021 – 2023)

Une vidéo qui retrace les activités menées dans le cadre du projet PREDIA en Côte d’Ivoire, œuvrant pour comprendre les facteurs qui rendent une zone vulnérable à la violence politique et pour la mise en place de Cadres de Collaboration outillés agissant en prévention de cette violence.

Un chef local accueille le changement vers une consolidation de la paix et une gouvernance inclusives dans la région du Kasaï

André Kalamba Dilondo, chef du village de Kalamba dans l'unité administrative locale de Tshofa, territoire de Mweka, province du Kasaï, République démocratique du Congo (RDC), a joué un rôle important dans la promotion de la consolidation de la paix et d'une gouvernance inclusive entre les communautés Kuba et Teke dans la région troublée du Kasaï.

Depuis 2016, la région autrefois paisible du Kasaï est en proie à des conflits connus sous le nom de « conflits Kamuina Nsapu ». Ceux-ci ont pour origine une dispute sur le prétendu pouvoir coutumier du prince Jean Mpandi en tant que chef du village « Bajila Kasanga » dans le territoire de Dibaya, province du Kasaï-Central. La situation s'est aggravée dans le territoire de Mweka, provoquant un conflit entre les communautés Kete et Kuba dans la localité de Kakenge. La communauté Kete est constituée du peuple Luba, un groupe ethnolinguistique autochtone de la région centre-sud de la RDC, tandis que les Kuba, également connus sous le nom de Bakuba ou Bushongo, rassemblent environ 16 groupes de langue bantoue dans le sud-est du Congo.

Au fur et à mesure que les conflits avaient lieu, les chefs traditionnels ayant des liens avec les Luba, dont l'autorité était également contestée, ont amené les conflits dans la province du Kasaï. En réponse, les loyalistes et d’autres communautés ont constitué des forces d’autodéfense pour se protéger. Profitant de ces troubles, les Kete ont expulsé de force certains Kuba de leurs maisons en raison de conflits fonciers préexistants. Le chef Kalamba André, personnalité respectée au sein de la communauté Kete, a soutenu cette action et revendiqué les maisons confisquées, souvent qualifiées d'«occupations secondaires ». La situation s’est aggravée lorsque des violences ont éclaté entre les partisans du chef, le gouvernement et les forces de sécurité impliquées. Les chefs traditionnels d'origine Kuba ont également amené ces conflits dans la province du Kasaï alors que leur autorité était contestée. Pour contrer cette menace, les loyalistes et d’autres communautés se sont alignés sur les forces loyalistes, constituant des forces d’autodéfense pour se protéger.

Mais le chef Kalamba, qui était au départ un chef de guerre, s'est transformé en un champion de la paix dans sa région. Il a participé activement à de nombreuses activités de consolidation de la paix organisées par Action pour la paix et la concorde (APC) en partenariat avec Interpeace. Ces activités ont été financées par l'Agence suédoise pour le développement international (SIDA) et faisaient partie de deux projets : le projet Médiation et réconciliation lancé en 2019 et le projet Renforcement de la gouvernance inclusive de la paix en RDC en 2021. Dans la région du Kasaï, Interpeace a lancé le programme « Renforcement de la gouvernance inclusive de la paix au Kasaï et au Kasaï Central » pour établir la confiance entre les autorités nationales et le pouvoir coutumier. Contrairement à d’autres conflits en RDC, celui du Kasaï découle principalement de tensions entre le pouvoir coutumier et l’autorité plutôt que de luttes de pouvoir, d’identité ou de ressources. Cette situation a donné lieu à des rivalités entre les groupes ethniques Luba et non-Luba, intensifiées par des conflits concernant les nouveaux postes administratifs.

Le chef Kalamba a progressivement reconnu l'importance de la paix et de la coexistence harmonieuse dans le développement communautaire à travers les projets de consolidation de la paix. En 2020, il se réconcilie avec son adversaire, Shakobe, chef traditionnel Kuba, en signant un pacte de paix. Lors d'une discussion de 2022 sur l'identification des zones et des acteurs du dialogue, le chef Kalamba a déclaré : « Grâce aux dialogues et aux activités de consolidation de la paix organisés par Interpeace en collaboration avec APC, auxquels j'ai participé, et à la sensibilisation générée par ces activités, j'ai demandé aux membres de ma communauté « Kete » de libérer les maisons de nos frères de la communauté 'Kuba' qu'ils avaient occupées ».

Les membres de la communauté Kuba ont confirmé ces progrès lors de l'événement de formation des journalistes de 2023 axé sur la sensibilité aux conflits avant, pendant et après les élections générales en RDC du 20 décembre 2023. Depuis lors, les deux communautés ont établi des relations mutuellement bénéfiques et ont même a collaboré à la résolution des conflits fonciers dans la forêt de Mpalulu, également connue sous le nom d'Angola. Chaque fois que des problèmes sont observés entre leurs membres, des personnalités influentes des deux communautés se réunissent pour trouver des solutions adaptées.

Lors d'un événement axé sur la gouvernance de la paix inclusive et le leadership des femmes, le chef Kalamba a rencontré Charlie Changa Bimuenyi, un militant pour la consolidation de la paix du programme d’Interpeace. Grâce à son plaidoyer, il a accepté d'associer des femmes dans son conseil royal. Reconnaissant le rôle précieux que jouent les femmes dans la communauté, il a nommé huit d’entre elles dans ce dispositif.

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Cliquez ici pour en savoir plus sur Charlie Changa Bimuenyi

 

Livelihoods for Peace

The Livelihoods for Peace Paper explores the vital connection between livelihoods and peacebuilding in conflict-affected regions. As international commitment to peacebuilding grows, integrating livelihoods and peacebuilding programmes gains importance. Livelihoods offer tangible benefits, addressing the practical needs of communities, making them an accessible entry point for peacebuilding initiatives. But decent and sustainable livelihoods, if accessible fairly between and across societies, also contribute to peace and stability. Although the link between fair livelihoods and peace is well-established, there is a lack of comprehensive evidence or best practices. Livelihoods for Peace proposes a theory of change, focusing on four key areas: expanding livelihood opportunities, strengthening regulatory mechanisms, promoting cooperative livelihood activities, and enhancing access to social protection. These familiar livelihood interventions are designed on the basis of peace and conflict and market analysis, and integrate familiar peacebuilding methods such as dialogue, mediation, violence interruption, psychosocial recovery and reconciliation, fostering cooperation, trust, and resilience. Integrating peacebuilding and livelihoods efforts necessitates explicit theories of change, emphasising fairness, inclusivity, and gender sensitivity. Engaging experts from both fields and working at multiple levels ensures consistent outcomes and contributes to building enduring peace. Collaboration between governments, international agencies, civil society, and businesses is crucial, enabling conflict-affected communities to establish sustainable livelihoods and foster peace.

Saoudata et les "Cercles de paix", au secours des femmes au Burkina Faso

A la rencontre de Saoudata Ouedraogo, une femme très engagée dans sa commune et qui porte une initiative de renforcement de la résilience des femmes et de leur contribution à la paix dans la commune de Kaya.

« Je suis Madame Ouedraogo Saoudata, présidente du réseau des femmes leaders pour la tolérance et la paix au Centre-Nord et aussi coordonnatrice régionale des femmes du Centre -Nord.

Depuis le début de la crise, j’ai constaté une réelle nécessité de travailler avec les femmes sur les questions de la tolérance, du vivre ensemble, de la cohésion sociale et de la paix dans ma commune. En effet, le déplacement des populations crée un inconfort de vie et demande une grande adaptation tant pour les personnes déplacées que chez les populations hôtes. C’est ainsi que j’ai pris la décision de travailler particulièrement avec les femmes déplacées internes en mettant en place des « Champs de la paix » avec 50 femmes, afin qu’elles cultivent l’esprit de résilience et de paix pour un meilleur vivre ensemble dans les zones d’accueil.

La mise en œuvre donc du projet « Améliorer la prévention des conflits et la gouvernance sécuritaire au Burkina Faso » a été d’un apport essentiel et capital pour la poursuite de mon action avec les femmes victimes de la situation sécuritaire du pays. En effet grâce à ce projet sur la gouvernance sécuritaire, j’ai bénéficié de formations sur l’outil Cercles de paix et la transformation des conflits.

À la suite de la formation, j’ai eu une meilleure compréhension et connaissance de la dimension « sensibilité aux conflits et proactivité pour la paix ». J’ai ainsi décidé après cette prise de conscience de faire profiter cette initiative de renforcement de capacités à 50 autres femmes de la communauté hôte.

Cette initiative a donc permis un brassage entre ces 100 femmes déplacées internes et de la communauté hôte. Ce qui leur a permis de réaliser en toute harmonie des activités génératrices de revenus (AGR) afin de participer aux charges de leurs ménages de fortunes et de vivre plus ou moins dignement ».

L’action de Saoudata Ouedraogo, saluée par sa communauté, a contribué à réduire les tensions latentes et a permis d’améliorer les conditions de vie de ces femmes.

Le projet a été mis en œuvre par Interpeace, grâce au financement et à l’appui technique du Gouvernement canadien à travers le Programme pour la stabilisation et les opérations de paix (PSOPs). Il avait pour objectif l’amélioration du niveau de sécurité dans les régions cibles du Sahel, Est, Centre Nord et Boucle de Mouhoun au Burkina Faso, par le biais des femmes en particulier, dans une approche favorisant la paix.

Strengthening women’s livelihoods for peace in Kasaï

La région du Kasaï, jadis oasis de paix, a connu ces dernières années une situation sécuritaire délétère à la suite d’un conflit très violent d’origine coutumière dans le groupement « Bajila Kasanga », dans le territoire de Dibaya, province du Kasaï-Central, l’une des 15 nouvelles provinces de la République Démocratique du Congo.

Né en 2016 de la revendication, émise par Jean Prince Mpandi, de la reconnaissance légale de son pouvoir par les autorités étatiques, celui-ci avait occasionné l’émergence des milices « Kamwina Nsapu », qui semèrent la terreur sur toute l’étendue de la province du Kasaï-Central d’abord, puis dans l’ensemble des cinq provinces de l’espace kasaïen, couramment appelé « Grand Kasaï2 ».

Ce conflit avait engendré dans la région une crise humanitaire sans précédent et entraîné des exactions qui avaient provoqué de nombreuses pertes en vies humaines, des pillages et des destructions des infrastructures de base ainsi que des déplacements massifs des populations, freinant ainsi le développement local, provincial et régional. Une crise de confiance a été exacerbée entre membres des communautés et entre populations et institutions étatiques, menaçant ainsi les efforts de réconciliation et de reconstruction, à cause des blessures restées ouvertes.

Thérèse MBELU, l’une des femmes victimes des traumatismes liés aux atrocités du phénomène « Kamuina Nsapu », raconte son histoire :

« Résidente à Tshikula, territoire de Dibaya, le foyer du phénomène « Kamuina Nsapu », je restais avec ma belle-sœur dont le mari vivait à Kananga. Les miliciens sont entrés et ont décapité en sa présence la belle-sœur. Le beau-père qui assistait avec moi à cet événement a à son tour été attaché à un arbre et exécuté. Ces deux événements m’ont sérieusement affectée, j’avais commencé à piquer des crises d’hypertension et de gastrite chaque fois que ce souvenir me revenait à l’esprit. Je suis restée très faible même physiquement et inconsolable, la vie ne valait plus rien pour moi ; tellement désespérée. Je suis restée garder les orphelins de ma belle-sœur en plus de mes huit enfants ».

« Au mois d’octobre 2022, une ONG nationale, Travail et droits de l’homme (TDH), travaillant en partenariat avec Interpeace et avec le soutien financier du Fonds pour la consolidation de la paix en République Démocratique du Congo (PBF-RDC), a effectué une mission d’identification des cas des femmes victimes de traumatismes liés au conflit « Kamuina Nsapu » à Tshikula. Jean Marie Kajibwe, président du groupe de dialogue permanent (GDP) Dibataye, qui connaissait ma situation, m’a invitée à participer à cette rencontre où plusieurs autres femmes étaient conviées. Après avoir suivi les enseignements, chacune de nous a présenté individuellement son histoire. Ensuite, j’ai été orienté chez le médecin directeur de l’hôpital de Tshikula qui lui aussi m’a écouté et à son tour m’a recommandé auprès d’un assistant psychosocial qui a commencé à me fréquenter et me prodiguer régulièrement des conseils. Ceux-ci m’ont beaucoup réconforté et, au fur à mesure, j’ai fini par comprendre que ce n’était pas la fin du monde.

C’est alors qu’au mois de mars 2023, l’équipe de TDH est revenue à Tshikula et nous a demandé à chacune ce que nous souhaitions dans la vie comme métier, parmi trois filières proposées, à savoir la coupe-couture, la savonnerie et la pâtisserie. Moi, j’avais choisi de faire la savonnerie car j’en avais déjà fait une fois dans le passé mais de faible qualité. Nous étions une équipe de 30 apprenantes pour la savonnerie, encadrées par Madame Esther pendant deux mois. Nous avons appris et pratiqué beaucoup de choses. C’était aussi pour nous de bons moments de partage de nos douloureuses expériences et pour nous réconforter mutuellement. Dès lors, ces souvenirs ne me reviennent plus souvent et ma santé s’est améliorée.

A présent, j’ai amélioré la qualité des savons que je fabrique et tout le monde les apprécie. Ceux-ci sont très sollicités, mais je suis limité par les moyens. Mes savons sont vendus aux marchés de Tshikula et Nkufula. Toutes les deux semaines, j’utilise trois kg de soude caustique, six mesures d’huile que je mélange à trois mesures d’eau pour produire 180 savons, l’un d’entre eux étant vendu à 500 francs congolais. Ainsi avec mon petit capital de 60'000 FC, je gagne à chaque production un bénéfice de 30'000 FC chaque deux semaines et cette situation me permet de payer les frais scolaires de mes enfants et mes deux orphelins ».

Thérèse Mbelu remercie du fond de son cœur cette initiative d’Interpeace, à travers son partenaire TDH, qui a pensé à redonner espoir de vie aux femmes traumatisées par les effets du conflits « Kamuina Nsapu ». Elle a témoigné qu’au début de la formation chacune était renfermée sur elle-même, mais au fur à mesure qu’elles se fréquentaient, celles-ci ont appris à partager leur expérience, elles se réconfortaient et voilà que petit à petit elles retrouvent la joie de vivre. Les femmes se sont regroupées en Association villageoise d’épargne et crédit (AVEC) au sein de laquelle elles se réunissent tous les dimanches. Bien que l’épargne continue à leur faire défaut à la suite de leur vulnérabilité, elles restent confiantes en elles-mêmes, espérant que si jamais elles bénéficiaient d’une quelconque assistance en activités génératrices de revenus, elles pourraient travailler davantage et améliorer leur situation économique et épargner dans leur AVEC.

Coach Abou, de victime à acteur de paix

Coach Abou raconte son expérience à Béoumi (Côte d’Ivoire), et comment il a pu transformer le traumatisme qu’il a subi pendant la crise ivoirienne en élan de construction de paix grâce au Cadre de Collaboration du projet PREDIA d’Interpeace.